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Preuves de noblesse pour intégrer l’abbaye royale des Clarisses de Lons-le-Saunier

Lons le Saunier | Jura | Archives départementales du Jura | 1704
Époque moderne | Le temps des rois

© AD Jura, 545 Ep

L’abbaye royale de Lons-le-Saunier est l’héritière du couvent de Sainte-Claire fondé en 1294 pour le salut de son âme par Philippe 1er de Vienne, seigneur de Pymont. Cet établissement accueille des filles cadettes de familles nobles de la région qui, pour l’intégrer, doivent apporter les preuves de l’ancienneté et de la qualité de leur noblesse. Deux moyens sont en usage pour prouver ses origines nobles. Le premier, par degré en remontant la filiation masculine, est le plus couramment utilisé dans le royaume de France, et le second, par quartiers en comptant le nombre d’ancêtres nobles en remontant la filiation masculine et féminine. C’est ce second moyen, le plus exigeant car ne tolérant pas les mésalliances, la présence de femmes roturières parmi les ascendants, qui est requis en Franche-Comté, ancienne terre du Saint-Empire, pour entrer dans la plupart des institutions religieuses féminines comme à Lons-le-Saunier ou à Château-Chalon, ou masculines comme à Baume-les-Messieurs ou à Saint-Claude. L’exigence qui va en s’intensifiant au cours du XVIIIe siècle, de preuves par quartiers reste un moyen pour la noblesse ancienne de conserver ses honneurs et privilèges en excluant les bourgeois ainsi que les anoblis récents des institutions, lieux d’éducation, ordres nobiliaires ou fonctions nobles les plus prestigieuses.

En savoir plus

Admise en tant que demoiselle au sein du chapitre, la jeune fille noble attend qu’une prébende, une part des revenus de l’abbaye attribuée à chaque religieuse, se libère avec le mariage ou la mort d’une religieuse admise avant elle. Pour cette raison, ces institutions religieuses à la sélection rigoureuse sont particulièrement réputées et recherchées par les seigneurs manquant de moyens financiers pour doter leurs filles cadettes en vue de leur mariage ou pour leur assurer un train de vie digne de leur naissance. Issue d’une famille noble du Doubs installée à Lons-le-Saunier, Suzanne Henriette Thérèse Huot d’Ambre est admise chez les Clarisses à l’âge de cinq ans pour y recevoir une éducation noble, vertueuse et cultivée (bonnes manières, conversation, lecture, musique…) et en faire une épouse très recherchée par les gentilshommes désirant marier leurs fils à une fille de bonne famille ou se remarier eux-mêmes, à moins qu’elle ne prononce ses vœux et demeure jusqu’à sa mort au sein de la communauté religieuse. La vie religieuse au sein de cette communauté de clarisses urbanistes n’est pas aussi rigoureuse que dans les autres couvents de clarisses dits colettins qui sont cloîtrées et qui ont fait le vœu de pauvreté pour revenir à l’idéal d’origine de François d’Assise. Depuis la réforme du pape Urbain IV au XIIIe siècle, ces religieuses peuvent recevoir des dons, posséder des biens, percevoir des revenus et, en dehors des offices religieux, elles peuvent mener une vie sociale qui peut les conduire au mariage, faisant de leur entrée au couvent qu’une étape dans leur vie de femme. La sœur cadette de Thérèse Huot d’Ambre est admise pour sa part au même âge, sept ans plus tard, au sein de la communauté bénédictine des chanoinesses de l’abbaye de Château-Chalon avant de se marier avec un gentilhomme jurassien.

Contexte

Former les catholiques

Le XVIIe siècle est celui d'un véritable renouveau catholique comme le montre l'action de saint Vincent de Paul ou d'autres grandes figures de l'Église. Antoine-Pierre de Grammont, né au château de Saint-Barthélémy (près de Melisey), reçoit sa formation initiale chez les moines bénédictins de Faverney et de Luxeuil. Doyen de l'église métropolitaine de Besançon, il est élu archevêque par ses collègues du chapitre bisontin (composé de 43 chanoines) et prend ses nouvelles fonctions en 1663. Conformément aux décrets du Concile de Trente (1545-1563), il désire rétablir la discipline dans l'Église catholique et s'oppose au protestantisme. Ce dernier est bien présent aux portes de son diocèse, à Montbéliard au nord et à Genève au sud. Il met en œuvre une véritable politique de formation pour les quelque mille prêtres de son diocèse. Le nouveau séminaire, élevé de 1680 à 1688, constitue la pièce maîtresse de cette réforme. La Guerre de Dix Ans (1636-1644) ayant fait disparaître près des deux tiers de la population comtoise, le nouvel archevêque s'investit dans la reconstruction spirituelle et matérielle. Il multiplie ses visites pastorales à travers son vaste diocèse dont les limites correspondent approximativement à celles de la Franche-Comté entière. Il lance le chantier de l'hôpital Saint-Jacques à Besançon, s'attache à la reconstruction de nombreuses églises, généralement de taille modeste par manque d'argent. Lors des deux conquêtes françaises de la Comté (1668 puis 1674), Antoine-Pierre Ier participe personnellement à la défense de Besançon contre les armées royales. Jugeant la négociation plus efficace qu'une opposition extrême, il finit par accueillir en sa cathédrale, en mai 1674, le Roi Soleil victorieux. Il se rallie alors à la cause française, tout en gardant ses distances avec Louvois, le ministre de la Guerre de Louis XIV. Son activité en faveur des petites gens lui vaut le surnom de «Borromée comtois». 

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