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L’église du Sacré-Coeur

Audincourt | Doubs | 1951
Époque contemporaine | La France après 1945 | Religions

L'église du Sacré-Coeur
Yves Sancey, © Région Franche-Comté, Inventaire du patrimoine, 2008

Une église exceptionnelle

Entre 1950 et 1960, ce sont près de 450 églises qui sont édifiées en France. L’église du Sacré-Cœur sous l’impulsion de l’abbé Prenel fait partie de ce renouveau de l’art sacré qui en Franche-Comté est dominé par la construction de la Chapelle Le Corbusier à Ronchamp. L’architecte Maurice Novarina qui s’est distingué par la construction de l’église du Plateau d’Assy (Savoie) et les artistes qui ont travaillé à cette occasion avec lui, Bazaine et Léger interviennent dans le projet d’Audincourt (1949-1951). Béton armé et pierre appareillée donnent naissance à un bâtiment aux volumes dépouillés. La charpente en bois cintrée semble suspendue au dessus de la couronne en pavés de verre colorés dus à Fernand Léger, pavés qui forment le lien avec les murs. Clocher et baptistère sont détachés de la nef. Le baptistère éclairé par des vitraux de Jean Bazaine, qui intervient aussi sur la mosaïque de la façade, abrite une cuve baptismale en pierre d’une grande pureté. Pavement, mosaïque murale, vitraux de la crypte sont dus à Jean Le Moal. Les couleurs chatoyantes, l’abstraction, le dépouillement en matière de mobilier confèrent une très grande modernité à cet édifice. Il est le fruit des dons mais il est du aussi au travail des paroissiens, nouveaux ouvriers de l’industrie automobile alors en plein essor, qui viennent s’installer dans ces quartiers récents à loyers modérés et qui s’impliquent dans la fabrication du mobilier par exemple de l’église.

En savoir plus

Un des hauts lieux de l’art sacré du XXe siècle

Jalon majeur parmi les quelque quatre cent cinquante églises élevées en France entre 1950 et 1960, le Sacré-Cœur d’Audincourt marque la réconciliation de l’art sacré avec la création artistique contemporaine, sous l’impulsion décisive du dominicain Marie-Alain Couturier (1877-1954). Ce même élan se re à l’église du plateau d’Assy (1950) et à la chapelle de Vence (1951) où le Père Couturier propose à l’avant-garde de son époque de faire œuvre de créateurs, sans se préoccuper de l’appartenance religieuse ou politique des artistes, mais uniquement de leur génie.
Avec des moyens plus réduits mais avec le concours des habitants de ce nouveau quartier ouvrier (qui ont creusé les fondations, fabriqué l’autel, les bancs, la serrurerie…), le chantier du Sacré-Cœur réunit donc plusieurs artistes d’avant-garde, comme le communiste Fernand Léger.
Il s’agit de la deuxième église catholique élevée au XXe siècle à Audincourt puisque, dès 1929-1932, Dom Bellot, architecte et moine bénédictin, avait fait reconstruire dans le quartier des Forges la vaste église de l’Immaculée Conception aux curieuses voûtes polygonales faites de brique et de béton. L’abbé Prenel, curé de la paroisse d’Audincourt, souhaite une église novatrice, simple, alliant pureté et lumière, propre à élever l’âme du fidèle vers Dieu. Il fait appel à un célèbre architecte, Maurice Novarina, qui dirigera par la suite de grandes opérations d’urbanisme comme Planoise à Besançon ou le village olympique de Grenoble. Il conçoit une architecture extérieure dépouillée: une structure en béton, que certains jugent décevante, formée d’une vaste nef, jouxtée de part et d’autre par un baptistère circulaire à toit conique et un campanile de plan rectangulaire. En revanche, cette enveloppe austère se veut l’écrin d’un intérieur magnifié par des œuvres d’art majeures. La mosaïque du parvis, conçue par Bazaine, est une énorme tache de couleur, hymne à la joie et à la foi. Dans la crypte, les dalles vitrées de Le Moal créent une atmosphère plus retenue, propice à la méditation. Le thème omniprésent des vitraux du baptistère est celui de l’eau vive, symbole de l’entrée dans la communauté chrétienne.

Contexte

Croire et prier pour les catholiques au XXe siècle 

Dans les années 1950 et 1960, l'Église essaie d'assurer sa présence au sein d'une société en pleine mutation. Elle s’appuie sur de nombreux mouvements d'action catholique. L'expérience des prêtres ouvriers répond à cette même volonté de s’adresser à des milieux où la référence religieuse disparaît. Certains prêtres ouvriers rejoignent les combats syndicaux, voire politiques, de la classe ouvrière. L'expérience est condamnée par le pape Pie XII. Le concile Vatican II est réuni par le pape Jean XXIII en 1962. Il essaie d'imposer un aggiornamento, c'est-à-dire une mise à jour, une réforme de l'Église catholique pour qu'elle s'inscrive pleinement dans le monde moderne. 

Le mouvement œcuménique s'efforce quant à lui de promouvoir l'unité des chrétiens des différentes confessions (catholique, protestante, orthodoxe) et d'encourager des actions communes. 

Ce renouveau de l'Église se traduit aussi par une nouvelle architecture religieuse. Elle est confiée parfois aux architectes et artistes les plus novateurs du temps. Ces derniers, dans les années 1950 et 1960, sont souvent éloignés de toute pratique religieuse. Léger, Matisse, Chagall, Lurçat, Bazaine et Germaine Richier sont ainsi mobilisés par le père dominicain Couturier. Dans cet esprit, Le Corbusier conçoit la chapelle de Ronchamp et le couvent dominicain de la Tourette. 

Malgré ces efforts, la tendance profonde et de longue durée des sociétés d'Europe occidentale reste la déchristianisation. Un certain dynamisme existe encore, l'Église mobilise des foules considérables lors de grands rassemblements. Cependant, chaque génération, depuis des décennies, est moins pratiquante et moins croyante que la génération qui l'a précédée. Il n'y a plus qu'une centaine de prêtres ordonnés par an contre 285 en 1970. Aujourd'hui, 53 % des Français se disent catholiques et 4,5 % sont des pratiquants réguliers. 

Complément(s)

Image(s)

Intérieur de l'église d'Audincourt (détail)

Intérieur de l’église d’Audincourt (détail).

Intérieur de l'église d'Audincourt

Intérieur de l’église d’Audincourt

Détail d'un vitrail de l'église d'Audincourt

Détail d’un vitrail de l’église d’Audincourt

 

Document(s)

L’église Saint-Louis de Montrapon à Besançon

À Besançon, comme à Audincourt, la naissance de nouveaux quartiers après guerre nécessite de nouveaux lieux de culte. Imganée et débutée dans les années cinquante, l’église Saint-Louis de Montrapon n’est pas sans rappeler le Sacré-Coeur d’Audincourt.

© CRDP de Franche-Comté, 2009

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Laissez-vous conter… les clochers du Pays de Montbéliard

Dans le Pays de Montbéliard, il ne faut pas se fier aux apparences : un clocher peut en cacher un autre !

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Vidéo(s)

Eglise du Sacré-Coeur d’Audincourt : le projet

Un film d’Yves Bouvier – durée : 1 minute
Production CRDP de Franche-Comté
Découvrez le projet de l’église du Sacré-Coeur d’Audincourt et les choix de l’architecte retenu, Maurice Novarina.

© Centre régional de documentation pédagogique de Franche-Comté

Eglise d’Audincourt : promenade

Un film d’Yves Bouvier – durée : 1 minute
Production CRDP de Franche-Comté
Vous êtes en face de l’église du Sacré-Coeur : laissez-vous guider pour découvrir l’architecture de Maurice Novarina !

© Centre régional de documentation pédagogique de Franche-Comté

Site(s)

Reportage sur l’inauguration de l’église d’Audincourt

En présence du ministre de l’Information Robert Buron, voici l’inauguration de l’église moderne du Sacré Coeur construite par Maurice Novarina en 1949 et décorée par Jean Bazaine, Fernand Léger et Jean Le Moal.

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