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Denfert-Rochereau, enfant adoptif de Montbéliard

Montbéliard | Doubs | Archives municipales de Montbéliard | 1878
Époque contemporaine | La guerre aux XIX et XX ème siècle

(c) Archives de Montbéliard

Le 14 mai 1878, Charles-Louis Fallot, maire de Montbéliard, s’exprime devant ses élus : « La France vient de perdre l’un de ses plus illustres enfants : le colonel Denfert-Rochereau ». Le ton est grave, il faut dire que depuis 1871, c’est un véritable héros national, et il sera enterré ici à Montbéliard !
Pierre, Marie, Philippe, Aristide Denfert-Rochereau est né à Saint-Maixent (Deux-Sèvres) le 11 janvier 1823, au sein d’une famille protestante. Diplômé du génie militaire, sa carrière l’emmène aux quatre coins de la France et de l’Europe : Rome, Montpellier, Toulon, Calvi, Arras, Metz, Constantine … Sur les conseils d’un ami, il rencontre à Montbéliard la fille d’un pasteur, Pauline Louise Henriette Surleau, et pour laquelle il aurait eu un véritable coup de foudre. C’est à Montbéliard que le mariage est célébré le 29 mars 1852 et que leurs deux enfants naissent : Marie Pauline en 1853 et Aristide Georges René en 1854.

En savoir plus

Suite à son engagement durant la guerre de Crimée en 1855, il reçoit la Légion d’Honneur, et c’est le 21 janvier 1864 que Belfort l’accueille comme chef du génie. Auteur de travaux d’architecture militaire, il fait édifier le fort des Barres. En 1870, tandis que le conflit opposant la France et la Prusse bat son plein, il organise la défense de la ville assiégée par quelques 15 000 prussiens : 103 jours de combats, 11 semaines de bombardements extrêmes et 5000 victimes. Il finit par rendre la place le 18 février 1871 sous les honneurs militaires de l’ennemi : Denfert-Rochereau devient un mythe, le symbole national de la résistance et du courage. Mais cette notoriété menace celle du gouvernement en place. En effet, son intégrité militaire est reconnue mais ses idées républicaines et socialistes ont toujours dérangé la hiérarchie. Le 7 mars, il est définitivement écarté de sa carrière militaire. Il se tourne alors vers la politique, sans surprise, du côté républicain, et s’implique comme délégué au sein de l’Église protestante. Il décède dans son appartement parisien le 11 mai 1878. Suite à son décès, une campagne fut organisée allant jusqu’à l’accuser d’avoir vendu Belfort aux Prussiens. Cette terrible campagne prit fin grâce à Jules Viette, natif de Blamont et ministre de l’agriculture et à Pierre-Frédéric Dorian alors ministre de la Défense né à Montbéliard dans le quartier des Halles.
Après des funérailles nationales dans la capitale, un wagon funéraire transporte la dépouille jusqu’à Belfort où retentissent plusieurs coups de canon. Enfin, c’est à Montbéliard qu’il a choisi d’être enterré, dans la concession familiale de sa belle-famille. Un monument qui le représente debout serrant les drapeaux contre lui est inauguré en 1879 par un immense banquet de 1500 convives. Mais la statue, située place d’Armes (actuellement place Denfert-Rochereau), est refondue par les allemands en 1942 car l’histoire voulait que cette dernière eût été réalisée avec le bronze des canons pris aux Prussiens en 1870-1871. Elle sera remplacée quelques décennies plus tard par un énorme bloc de granit en son honneur, toujours visible sur la place qui porte son nom.

Service éducatif des Archives municipales de Montbéliard

Contexte

La guerre que déclare Napoléon III à la Prusse (19 juillet 1870) ne touche tout d’abord pas la Côte d’Or. Certes, l’écho des terribles défaites d’août en Alsace et en Moselle parvient jusqu’à Dijon, ainsi que la capture de l’Empereur à Sedan le 2 septembre 1870. Mais ce n’est que près de deux mois après la proclamation de la République à Paris par Gambetta, (4 septembre 1870) que l’armée va affronter en Côte d’Or ses premiers « Prussiens » - en fait, des Badois, alliés à la Prusse au sein de la Confédération des États Allemands. La 1ère bataille de Dijon (qui laissera son nom à la « place du 30 octobre ») se soldera, après une défense acharnée des Gardes mobiles et des habitants, par l’occupation de la ville (30 octobre 1870 – 27 décembre 1870). Entre-temps, Giuseppe Garibaldi, arrivé en France le 7 octobre s’était vu confier dès le mois suivant par le gouvernement provisoire la mission de reprendre l'initiative en Côte d’Or à la tête de l’Armée des Vosges. Son fils Ricciotti réussit un fameux coup-de-main le 19 novembre 1870 à Châtillon-sur-Seine. Malheureusement Garibaldi échoue à reprendre la capitale de la Bourgogne lors de la 2ème bataille de Dijon du 25 au 27 novembre 1870. De son côté, le Général français Crémer inflige une lourde défaite aux Badois le 3 décembre 1870 à Châteauneuf-en-Auxois. Il remporte également la victoire à Nuits le 18 décembre 1870 et entre dans Dijon en libérateur le 30 décembre 1870. Ces succès français feront dire au Général von Werder : « Ce n'est pas la Côte d'Or, ce pays, c'est la Côte de Fer ». Début janvier 1871, ce sont encore les Francs-tireurs de Ricciotti Garibaldi qui vont harceler les forces de la “Sud-Armée” à Crépand. Ce sont eux que l’on retrouve également les 21-22-23 janvier 1871 (3ème bataille de Dijon) où le chasseur Curtat prend le deuxième et dernier drapeau arraché à l’ennemi durant cette guerre. Malgré cela, un armistice est signé fin janvier 1871, lequel exclut les départements du Jura, du Doubs et…de la Côte d’Or, le tout nouvel « Empire allemand » (18 janvier) se réservant le droit de poursuivre jusqu’au bout Garibaldi et l’Armée de l’Est qui s’y trouvent encore. N’ayant pu délivrer Belfort, les 87000 soldats survivants de cette dernière (les « Bourbaki ») se constituent prisonniers…en Suisse, aux Verrières, le 1er février 1871. Si le traité de paix franco-allemand n’est signé (à Francfort) que le 12 mai 1871, il faudra attendre la veille du 30 octobre 1871 pour voir les troupes d’occupation quitter Dijon…

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