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Une ordonnance écclésiastique

Montbéliard | Doubs | Médiathèque municipale de Montbéliard | 1668
Époque moderne

Une ordonnance écclésiastique
© SEM

Education et religion

Cette ordonnance installe dans le comté de Montbéliard la religion luthérienne et organise la nouvelle Église. Elle donne ainsi, dès le XVIe siècle, une identité originale à la région qu’elle transforme en terre protestante, dans un environnement catholique puisque la Franche-Comté espagnole, le Sundgau (sud de l’Alsace) autrichien, et la principauté de Bâle restent fidèles à l’Église de Rome. Cet extrait insiste sur l’obligation de donner une instruction aux enfants. Les protestants contestent l’autorité du pape et du clergé pour encadrer les fidèles qui doivent directement r la Parole de Dieu dans la Bible. Le prince décide donc l’ouverture dans chaque paroisse d’une école primaire accueillant garçons et filles. Une bourse fondée en 1557 permet aux enseignants d’aller se former à Tübingen. Ces dispositions facilitent la maîtrise précoce de la lecture et de l’écriture comme le prouve un acte de baptême de 1668 qui est signé. Cette avance dans la formation explique sans doute l’apparition au XVIIIe siècle de scientifiques (Cuvier) ou d’inventeurs et d’industriels de talent (Japy, Peugeot).

En savoir plus

L’empreinte du luthéranisme

Cette ordonnance illustre l’œuvre d’enseignement menée dans la principauté de Montbéliard qui est indissociable de la Réforme. En effet, la Bible ne peut être accessible qu’à la condition de recevoir un minimum d’instruction. Les princes de Wurtemberg acquis au luthéranisme dès le début prévoient dans chaque paroisse, l’ouverture d’une école primaire accueillant garçons et filles et la création d’un corps de maîtres. Dès 1557, une bourse d’études, le stipendium, est fondée pour assurer la formation universitaire d’étudiants montbéliardais méritants à l’université de Tübingen. Mais, le prince Frédéric prévoit la création d’un collège universitaire à Montbéliard afin d’assurer un enseignement supérieur en langue française. Les souverains sont d’autant plus soucieux de promouvoir et d’encadrer l’éducation de leurs sujets que le comté de Montbéliard est le reflet des vives controverses religieuses qui déchirent la Chrétienté au XVIe siècle et la divisent en Églises catholiques et protestantes. En effet, la principauté située entre royaume de France, cantons suisses et Saint Empire germanique est naturellement à la confluence du bouillonnement doctrinal qu’incarnent les idées des grands réformateurs : Luther, Zwingli et Calvin. Si la Réforme est introduite en 1524 par le prédicateur français Guillaume Farel appelé par la famille princière, il lui faut tout un siècle pour faire durablement souche. Les sympathisants calvinistes sont en effet nombreux et les tensions sont vives entre sensibilités protestantes, luthériennes et réformées. Finalement Pierre Toussain, de 1535 à sa mort en 1573, réussit la greffe luthérienne tout en ménageant la sensibilité réformée et fait appliquer cette ordonnance ecclésiastique d’origine wurtembergeoise qui organise la nouvelle Église et aussi l’encadrement doctrinal des fidèles. Elle généralise également l’instruction et la population du comté maîtrise précocement la lecture et l’écriture, comme le montrent les signatures en marge de l’acte de baptême de 1668.

Contexte

Croire et prier au début du XVIe siècle

La naissance du protestantisme

Au début de l'époque moderne, l'Église catholique ne répond plus aux besoins de nombreux fidèles qui s'inquiètent de leur salut. Beaucoup de chrétiens critiquent les abus de la Papauté. Ils dénoncent la richesse, l'absentéisme et le manque d'instruction du clergé. Les humanistes de la Renaissance redécouvrent la Bible. Ils souhaitent un christianisme plus proche des principes de l'Évangile. Dès le XVe siècle, de plus en plus de chrétiens appellent à une réforme de l'Église.

Un moine allemand, Martin Luther, s'interroge : est-il sauvé par Dieu ou condamné pour ses péchés ? Sa lecture de la Bible le convainc que seule sa foi peut le sauver. Dieu accorderait ainsi gratuitement son salut.

Luther critique alors violemment le trafic des indulgences. En échange d'argent, l'Église accordait en effet aux fidèles des indulgences, c'est-à-dire le pardon de leurs fautes. Pour Luther, c'est une atteinte à la gloire de Dieu qui, seul, a le pouvoir de pardonner les péchés des hommes.

En 1517, il publie 95 thèses pour réformer l'Église. Ses idées sont condamnées par le Pape. Luther refuse de se soumettre. Il est excommunié.

Soutenus par des princes allemands, Luther et ses partisans créent la première Église protestante. Ils rejettent l'autorité du Pape. Pour les protestants, les croyances chrétiennes ne peuvent être fondées que sur la Bible. Elle est traduite en langue courante pour que tous les fidèles la comprennent. Des pratiques catholiques comme le culte des saints et de la Vierge, qui n'ont pas de fondement dans les saintes écritures, sont condamnées. Seuls deux sacrements sont retenus : le baptême et l'eucharistie (la Sainte Cène).

Complément(s)

Vidéo(s)

Le passé de la Petite Hollande

Découvrez l’histoire de Montbéliard depuis le XVIe siècle et notamment pourquoi le quartier de la petite Hollande s’appelle ainsi.

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