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Un soulèvement contre-révolutionnaire

Flangebouche | Doubs | 1793
Époque contemporaine | Révolution française

Un soulèvement contre-révolutionnaire
© Archives du Doubs, L 1213.

Accusé Michel Joseph Jeunot

Voici le compte-rendu d’un interrogatoire mené le 9 novembre 1793 à la prison de Besançon. L’accusé s’appelle Michel Joseph Jeunot. Que lui reproche-t-on ? Une absence prolongée et injustifiée hors du domicile habituel. Cela serait en fait le signe de sa participation à un soulèvement contre la révolution. Il doit donc s’expliquer à ce sujet. Il a été arrêté après l’échec de ce mouvement. Celui qui mène l’interrogatoire est une personnalité non négligeable du département. On apprend au fil du texte que Flangebouche a été un lieu de rassemblement où se sont regroupés le 5 septembre 1793 de nombreuses personnes venues de cantons environnants. On sait aujourd’hui que Michel Joseph Jeunot fut en réalité un spectateur un peu effrayé de luttes partisanes qui lui paraissent étrangères à ses intérêts. Il est innocent et finalement acquitté faute de preuves. Plusieurs centaines d’autres personnes ont été arrêtées comme lui dans les cantons voisins au même moment.

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Pris dans les événements

Après jugement, quelques dizaines de personnes ont été condamnées, dont une quarantaine à la mort ou à la déportation. Il reste aujourd’hui aux archives du Doubs un certain nombre d’interrogatoires et les principaux actes du tribunal départemental . Ce document en fait partie. Il est vraisemblable que les interrogatoires sont très nombreux dans une journée comme le prouvent quelques passages obscurs du texte dûs sans doute plus à la fatigue qu’à l’incompétence du greffier. Les personnes arrêtées ont été isolées de leur milieu de façon à éviter des évasions avec l’aide de complicités extérieures, mais aussi pour faciliter le travail des enquêteurs et du tribunal. Les réponses fournies par le prévenu permettent de comprendre la manière d’agir des insurgés et le rapport entre ces derniers et la population. On apprend ainsi que des habitants du lieu s’étaient emparés d’armes confisquées à la mairie. Le coup a aussi été minutieusement préparé puisque les insurgés ont fait le tour des fermes et des hameaux pour rameuter les partisans. Comme la troupe rassemblée n’est pas assez nombreuse, elle part en direction de Pierrefontaine en enrôlant de force les récalcitrants. En chemin, de nombreux participants s’évadent par peur de la répression. Ils se cachent alors dans les bois en attendant. Michel Joseph Jeunot apparaît plutôt comme un modéré. Pourtant malgré lui, il devient un acteur de l’histoire. C’est un individu pris dans un événement qui le dépasse et même le rebute. Il a sans doute ses opinions puisqu’il fréquente la messe du curé constitutionnel, mais il ne tient pas à les convertir en action politique organisée.
© Avec l’aimable autorisation de M. Carrez.

Contexte

Gouverner en 1793

Depuis la proclamation de la République en septembre 1792, la situation évolue vite en France. En 1793, Louis XVI, condamné pour trahison, est guillotiné. La France doit faire face à une coalition des monarques européens. Menacée par les défaites militaires, la Révolution est en danger. Pour la défendre, une levée en masse de 300000 hommes est décrétée. En juin 1793, les Montagnards, appuyés par les sans-culottes, prennent le pouvoir. Les Girondins, plus modérés, sont emprisonnés. Un gouvernement exceptionnel se met en place : c'est le Comité de salut public. Sa tâche est de combattre tous les ennemis de la Révolution, à l'extérieur les autres monarchies, mais aussi à l'intérieur les partisans de la contre-révolution et les opposants au gouvernement. Le Comité instaure la Terreur. Au-delà de Paris, la guerre civile menace, notamment avec l'insurrection vendéenne. Les passions sont à leur apogée.  

Dans ce Comité de salut public, on trouve une dizaine de personnes dont des personnalités comme Robespierre ou Saint-Just. La « Loi des suspects» de septembre 1793 permet d'arrêter tous ceux qui sont accusés d'être des «ennemis de la liberté» et de les faire comparaitre devant le tribunal révolutionnaire. Une telle formule laisse place à l'arbitraire. Des représentants du Comité sont envoyés en province. Partout en France des milliers de personnes sont arrêtées. En quelques mois, la révolte vendéenne est écrasée et les armées étrangères sont repoussées. La Révolution est sauvée mais le bilan de la Terreur est lourd : 17000 condamnations à mort, 200000 victimes de la guerre civile dont 130O00 Vendéens. Finalement, Robespierre et ses partisans, accusés de dictature, sont arrêtés et guillotinés en juillet 1794. 

Les institutions de la Terreur sont démantelées, les suspects sont libérés. La République reste cependant fragile. 

Complément(s)

Image(s)

Suite du procès verbal

Suite du procès verbal. D’un fusil l’ont forcé à quitter son domicile et à se joindre à eux ainsy qu’à un rassemblement dont ils faisaient partie. Interrogé pourquoi il n’a pas évité la rencontre, a répondu que dès la veille au soir, il avait été averti par Grillet et Vivot de se rencontrer au désarmement et à la saisie d’armes provenant des gens suspects qui étaient déposées chez le maire du lieu, ce qu’il n’avait pas fait mais au contraire il avait pensé que cela s’appaiserait, qu’en conséquence, il était demeuré tranquil chez lui jusqu’au moment où le lendemain matin il a été forcé par les particuliers qu’il a dénommé cy devant à les suivre ainsy que l’attroupement qui était alors dans le village. Interrogé où il est allé après avoir sorti de son domicile, a répondu avoir dirigé ses pas avec la troupe du côté de Loray (?). Interrogé pourquoi il n’a pas quitté l’attroupement qui ne pouvait avoir que des gens criminelles, a répondu que cela lui était possible attendu.

Fin du procès verbal d'interrogatoire

Fin du procès verbal d’interrogatoire.qu’il lui a indiqué que la elle la nourri (?) environ cinq semaines. Interrogé s’il n’a point eu connaissance des mouvemens qui ont eu lieu les quatre ou cinq septembre et jours suivants et comment ils avaient été préparés, a répondu qu’il n’en avait rien appris et que comme il allait à la messe du prêtre constitutionnel les auteurs des complots et leurs adhérens n’avaient pas confiance en lui. Interrogé s’il n’a eu aucune connaissance de ce qui s’est passé à l’égard de l’attroupement dont il a fait involontairement partie, a répondu que non. Étant quoi, nous administrateur et secrétaire greffier susdit avons dressé ce procès verbal que nous avons signé avec le Michel Joseph Jeunot à qui nous avons donné lecture.

© Archives du Doubs

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