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Un martinet de la taillanderie

Nans-sous-Sainte-Anne | Doubs | Taillanderie de Nans-sous-sainte-Anne | 1865
Époque contemporaine | L'âge industriel

Un martinet de la taillanderie
© Musées des Techniques et cultures comtoises

Une taillanderie longtemps prospère

La taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne, créée en 1798, a été rachetée en 1865 par la famille Philibert qui lui confère son rayonnement. Cette affaire prospère a longtemps été à la pointe du progrès technique d’alors, comme en témoigne l’adoption d’une turbine, d’une machine Gramme permettant de fabriquer du courant continu ou, plus tard, d’un moteur semi-diesel destiné à pallier les irrégularités de l’énergie hydraulique. En 1895, la taillanderie produit environ 20000 faux par an, emploie 25 ouvriers et exporte dans de nombreuses régions françaises, y compris en Algérie. L’atelier ferme ses portes en 1969.
Sur la photo, on voit une partie de l’atelier des frères Philibert, avec la roue des martinets. Il s’agit d’ une roue hydraulique entraînée par le courant et le poids de l’eau, qui actionne le martinet que l’on voit à côté. Le martinet ressemble à un énorme marteau. Les Philibert utilisent un morceau de métal qu’ils commencent à travailler en le passant sous les coups du martinet. La première étape s’appelle l’étirage : à partir d’un morceau d’acier, on commence à donner la forme de ce qui sera plus tard une faux. L’ouvrier travaille uniquement à l’œil et à l’oreille, même si au bout de quelques mois, il est totalement sourd à cause du bruit du martinet. Les ouvriers apprennent donc leur métier en regardant les autres travailler.

En savoir plus

Des investissements importants

Dès 1880, les frères Philibert effectuent des travaux qui témoignent de leur esprit d’entreprise. La reconstruction des bâtiments permet une meilleure utilisation des possibilités offertes par le ruisseau l’Arcange. Les travaux durent trois mois. On aménage une retenue d’eau qui abrite les deux roues hydrauliques des martinets. Cette réserve permet d’augmenter la hauteur de la chute d’eau qui fait tourner les roues. La taillanderie dispose ainsi d’une force motrice plus puissante. C’est pour la même raison que la canalisation qui dessert la grande roue extérieure est aérienne. Elle est longue de 200 mètres. La roue mesure 1,20 mètre de large et 5 mètres de diamètre.`
Le processus de fabrication des outils taillants et notamment de la faux se décompose en plusieurs étapes : on distingue neuf « passes » c’est-à-dire neuf opérations et sept chauffes, c’est-à-dire sept moments où l’on chauffe le métal. Après l’étirage, on obtient une première forme appelée couteau. Le platinage le transforme en faux. Après cette étape, la faux est plane et souple. Viennent ensuite le relevage, le planage, le passage à la cisaille qui permet de nettoyer l’ébauche de ses bavures. Puis c’est le temps de la trempe : cela commence par une chauffe au charbon de bois et le contrôle de la température se fait à l’œil, en fonction de la couleur prise par le métal. L’ébauche est ensuite trempée dans un bain de graisse de bœuf et essuyée avec de la sciure. La faux est alors placée sur une plaque portée au rouge et recouverte de sable de granite. Cette opération est très importante car, de cela, dépend la qualité de la lame. Enfin, c’est le martelage, le finissage où la faux est encore travaillée au marteau sur une sorte d’enclume. Enfin c’est le temps du biseautage, la faux est alors prête à être expédiée.

Contexte

Une industrialisation aux visages multiples. Au XVIIIe siècle en Angleterre, la population augmente. Les besoins en produits fabriqués s'accroissent. Pour répondre à la demande grandissante de cotonnades indiennes, des artisans anglais perfectionnent les machines à filer et les métiers à tisser. La production textile est mécanisée. Les progrès sont extraordinaires : en 1800, un ouvrier dans un atelier de filature file autant avec la nouvelle mule-jenny que 400 personnes avec les anciens rouets ! Dans les années 1760, l'ingénieur écossais James Watt améliore la machine à vapeur. Elle devient un puissant moteur, d'une force bien supérieure à l'homme ou l'animal pour actionner les machines. L'industrie l'adopte rapidement. À partir de 1785, les mules-jennies sont actionnées par la force-vapeur. Une série d'inventions multiplie les nouvelles machines. Les besoins en matériaux et en énergie entraînent l'essor de la sidérurgie et des industries minières. Le textile poursuit son bond en avant. Les usines s'installent dans les régions où les minerais sont extraits, en Angleterre, en France et en Allemagne. Naît ainsi la grande industrie. Elle concentre dans les usines une main-d'œuvre ouvrière qui travaille au rythme des machines. C'est l'ère du machinisme. Certaines usines regroupent des milliers d'ouvriers comme les forges des Schneider au Creusot. Les paysages du Nord-Est de la France, du Massif central ou de la Ruhr en Allemagne se transforment. Ces régions industrielles voient se multiplier les hauts-fourneaux de la sidérurgie, les terrils et chevalement des mines, les grandes cheminées des usines. Ces bouleversements sont désignés par l'expression « révolution industrielle ». Désormais, des historiens préfèrent parler d'industrialisation. Ils insistent sur la lenteur des progrès. Jusqu'en 1850, l'essentiel de la force motrice est toujours fourni par chevaux et moulins ! L'organisation traditionnelle du travail et l'artisanat cohabitent avec les formes modernes de l'industrie durant tout le XIXe siècle.

Complément(s)

Image(s)

Vue sur un martinet de la taillanderie

Vue sur un martinet de la taillanderie.

 

Document(s)

Dossier pédagogique sur la taillanderie de Nans-sous-sainte-Anne

Ce document pédagogique propose une triple approche ; patrimoniale, historique et technique pour tout connaître et tout comprendre de la taillanderie de Nans-sous-sainte-Anne.

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