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Un curé face à constitution civile du clergé

Sancey le Grand | Doubs | 1791
Époque contemporaine | Révolution française

Un curé face à constitution civile du clergé
© Archives du Doubs, L 212.

Un curé mal aimé

L’abbé Vernier, curé de Sancey, se plaint ici d’avoir « été insulté à l’église ». Cette situation tendue s’explique par la constitution civile du clergé. Elle impose depuis 1790 que les curés soient salariés de l’État. Dans le Doubs, une faible partie de l’ancien clergé a prêté le serment sans restriction. La majorité l’a accepté avec quelques modifications. Une minorité l’a refusé. Au départ donc l’affaire ne semblait pas trop mal partie. Mais la condamnation du pape et le refus de l’archevêque de Besançon modifient la situation. Au début de 1791, le décret considérant que seuls les prêtres ayant prêté l’intégralité du serment ont droit d’exercer, précipite les événements. De nombreuses paroisses se rent sans curé. Les paysans refusent cette situation et regrettent des prêtres avec lesquels, pourtant, ils n’étaient pas toujours d’accord. Quand un prêtre qui a accepté la constitution civile du clergé est amené à remplacer un ancien titulaire qui a refusé ce texte, il est souvent accueilli comme un usurpateur. C’est dans cette situation que se l’abbé Vernier.

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Un personnage haut en couleur

L’abbé Vernier est contesté pour sa personnalité emportée voire provocatrice. Il patronne un club révolutionnaire au sein d’un village globalement hostile. L’homme sait présenter les choses de façon à faire prévaloir son point de vue. Sa lettre révèle une personnalité assez cultivée, intelligente mais également nerveuse et un peu brouillonne et surtout dominatrice. Il écrit par exemple : « tous les jours le matin je ne sais si je verrai le soir et la nuit n’arrive que pour augmenter mes craintes. » On sent également le goût de l’intrigue et une énergie débordante : « je vous demande, messieurs, ce que je dois faire. Si vous n’y mettez ordre, je me vois obligé de partir. » Originaire des environs, on l’accuse, en tant que jeune prêtre, d’avoir trop facilement saisi l’occasion d’occuper un poste bien rémunéré. Il s’affirme pourtant partisan farouche de la nouvelle constitution. Il écrit sans cesse au département et au district où l’on estime souvent qu’il manque de discrétion. Bref, ce n’est pas un homme de compromis comme le souhaiterait l’administration. Il faut prendre avec prudence certaines de ses affirmations. Quant à la portée de cette lettre, on sait qu’elle est parvenue à émouvoir les autorités départementales qui ont envoyé peu après sur place une centaine de soldats logés chez l’habitant. Finalement, loin d’apaiser les passions, cela n’a fait que les aiguiser. L’affrontement a lieu sur le thème des rapports entre le clergé et les autorités révolutionnaires. Ce qui frappe, c’est le soutien qu’apportent au mouvement les autorités du village. En ce début de Révolution, les grands enjeux sont perçus comme nationaux malgré leurs fortes contingences locales.
© Avec l’aimable autorisation de M. Carrez.

Contexte

La France en 1791
Depuis la convocation des états généraux par Louis XVI, la France est entrée en révolution.

L'année 1789 met fin à l'Ancien Régime et affirme de nouveaux principes. Les privilèges sont abolis dans la nuit du 4 août, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est votée le 26 du même mois. De sujets du roi, les Français deviennent citoyens.

Entre 1789 et 1792, la France expérimente un nouveau système politique appelé « monarchie constitutionnelle ». Assez vite cependant, le divorce entre le roi et la nation s’annonce. Il s'explique de plusieurs façons. Louis XVI porte une lourde responsabilité en pratiquant la politique du pire. Il mène un double jeu face à la Révolution. Il choisit le camp de l'aristocratie et de l'absolutisme. La fuite du roi en juin 1791 et son arrestation à Varennes détournent de la royauté une masse importante de Français qui y voient une véritable trahison. Au mois de juillet suivant, La Fayette fait tirer sur la foule venue demander la destitution du roi au Champ-de-Mars à Paris.

La rupture est désormais consommée entre le régime et le peuple de Paris, les sans-culottes. Ces derniers veulent pousser la Révolution toujours plus loin. La monarchie constitutionnelle est déjà vacillante.

Pourtant, en septembre de la même année, la constitution qui vient d'être votée met en place une monarchie « à l'anglaise ». Louis XVI est désormais « roi des Français » et non plus « roi de France par la grâce de Dieu ». Ce texte lui accorde le droit de veto qu'il utilise abondamment contre les lois révolutionnaires et les réformes impopulaires comme la Constitution civile du clergé. Il peut notamment suspendre pendant quatre ans les décisions de l'Assemblée.

Tous ces éléments aboutissent à une situation très tendue à la fin de l'année 1791.

Complément(s)

Image(s)

Suite du courrier de l'abbé Vernier

Suite du courrier de l’abbé Vernier.Page 2 du courrier.

Page 3 du courrier de l'abbé Vernier

Page 3 du courrier de l’abbé Vernier. © Archives du Doubs

Document(s)

Les difficultés d’un curé constitutionnel : la division de l’opinion à Sancey en 1791

Traduction intégrale de la lettre du curé constitutionnel Vernier de Sancey-le-Grand adressée à « Messieurs les administrateurs du directoire du département du Doubs à Besançon ».

Archives départementales du Doubs, avec l’aimable autorisation de M. Carrez

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