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Les vitraux de la cathédrale Sainte Julitte

Nevers | Nièvre | 1978
Époque contemporaine | La France après 1945 | Religions

© Service éducatif de la ville
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La cathédrale Sainte Julitte de Nevers, c’est quinze siècles d’histoire, une architecture spécifique avec 2 chœurs, l’un roman et l’autre gothique. Le bombardement allié de 1944 détruit en grande partie l’édifice reconstruit  à l’identique excepté pour les vitraux, auparavant constitués de verres translucides installés par les chanoines au XIX ème siècle. L’Etat et les responsables du culte, désireux de renouveler l’expression artistique dans les édifices religieux confient à une équipe d’artistes contemporains l’un des plus vastes chantiers de création de vitraux contemporains en Europe avec ces 1052 m² de verrière. Leur réalisation commence en 1978 avec la proposition de Raoul Ubac dans le chœur roman puis sont réalisés ceux de Jean Michel Alberola, Gottfried Honeger, François Rouan, Claude Viallat. Ces représentants de l’art non figuratif bouleversent le rapport à l’iconographie religieuse en apportant une lecture spirituelle et non plus illustrative des textes fournis par les représentants du pouvoir religieux. Les vitraux ne seront inaugurés que 33 ans plus tard, suite aux divergences des partenaires impliqués dans ce dispositif de commande publique, et un renouvellement partiel des artistes impliqués.

 

En savoir plus

L’abstraction et le non figuration sont les enjeux majeurs de la scène artistique des années 1960. Les démarches propres des artistes s’associent au savoir faire des maîtres verriers dont la collaboration assure la réussite du projet. Raoul Ubac prend en charge les baies du chœur roman avec Charles Marq et les ateliers Simon. Quadripartites, ils évoquent les 4 éléments, les 4 fleuves du paradis. Gottfried Honegger occupe la partie haute de la nef et la crypte, appliquant l’épuration des formes et des couleurs jusqu’à l’immatérialité.

Claude Viallat occupe la partie haute du chœur gothique, important la logique du débord dans l’art du vitrail laissant si peu de place à l’inattendu. Le jeu de formes et contre formes spécifiques de l’artiste, obtenu au moyen de l’empreinte est reproduit par le verrier Bernard Dhonneur. Les esquisses sont réalisées à l’échelle 1/1. Une attention particulière est apportée aux variations  colorées involontaires. Le programme iconographique est présent par les reflets rosés sur la voûte du chœur gothique qui évoquent des pierres précieuses de la Jérusalem céleste.

François Rouan s’associe à Benoit Marc, les ateliers Simon, et transpose quant à lui sa technique du tressage dans les verrières basses de la nef et le pseudo transept. Il évoque les éclats de pierres brisées ( le bombardement) en dessinant les baies nervurées de la cathédrale, découpées et réorganisées en un jeu de mise en abîme célébrant les trois couleurs primaires, le blanc et le gris, qui symbolisent également la passion du Christ et la Vierge.

Jean Michel Alberola est le seul à faire intervenir l’iconographie religieuse ancienne, piochant des bribes d’image tant dans les manuscrits que les peintures. Des éléments du  couronnement de la vierge de Gentile da Fabriano (1408) ainsi  que de l’Annonciation de Simone Martini (1333) sont notamment reconnaissables. Il donne également une place particulière aux martyrs St Cyr et St Juliette à qui est dédié l’édifice par l’évocation de sanglier et de l’enfant protégé par la main de sa mère.

Julie Morlon, professeur détachée au service éducatif Nevers Ville d’art et d’Histoire ( pôle patrimoine et transmission)

 

 

Contexte

Croire et prier pour les catholiques au XXe siècle 

Dans les années 1950 et 1960, l'Église essaie d'assurer sa présence au sein d'une société en pleine mutation. Elle s’appuie sur de nombreux mouvements d'action catholique. L'expérience des prêtres ouvriers répond à cette même volonté de s’adresser à des milieux où la référence religieuse disparaît. Certains prêtres ouvriers rejoignent les combats syndicaux, voire politiques, de la classe ouvrière. L'expérience est condamnée par le pape Pie XII. Le concile Vatican II est réuni par le pape Jean XXIII en 1962. Il essaie d'imposer un aggiornamento, c'est-à-dire une mise à jour, une réforme de l'Église catholique pour qu'elle s'inscrive pleinement dans le monde moderne. 

Le mouvement œcuménique s'efforce quant à lui de promouvoir l'unité des chrétiens des différentes confessions (catholique, protestante, orthodoxe) et d'encourager des actions communes. 

Ce renouveau de l'Église se traduit aussi par une nouvelle architecture religieuse. Elle est confiée parfois aux architectes et artistes les plus novateurs du temps. Ces derniers, dans les années 1950 et 1960, sont souvent éloignés de toute pratique religieuse. Léger, Matisse, Chagall, Lurçat, Bazaine et Germaine Richier sont ainsi mobilisés par le père dominicain Couturier. Dans cet esprit, Le Corbusier conçoit la chapelle de Ronchamp et le couvent dominicain de la Tourette. 

Malgré ces efforts, la tendance profonde et de longue durée des sociétés d'Europe occidentale reste la déchristianisation. Un certain dynamisme existe encore, l'Église mobilise des foules considérables lors de grands rassemblements. Cependant, chaque génération, depuis des décennies, est moins pratiquante et moins croyante que la génération qui l'a précédée. Il n'y a plus qu'une centaine de prêtres ordonnés par an contre 285 en 1970. Aujourd'hui, 53 % des Français se disent catholiques et 4,5 % sont des pratiquants réguliers. 

Complément(s)

Autre(s) ressource(s)

Vitraux de Claude Viallat

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Vitraux de Raoul Ubac

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 Vitraux de Gottfried Honegger

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