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Le « Mémoire Noblat » pour l’introduction de l’industrie textile à Belfort au XVIIIème siècle

Belfort | Territoire de Belfort | Archives départementales du Territoire de Belfort | 1762
Époque moderne | L'âge industriel

© Archives de Belfort, AD90, 1C34

 

Dans ce « mémoire », François-Bernardin Noblat, bailli et subdélégué de l’intendant d’Alsace à Belfort, sollicite ce dernier pour obtenir l’autorisation d’établir une bonneterie et une fabrique de draps à Belfort, en exposant plusieurs arguments. D’une part, le textile vendu dans les foires locales, provient exclusivement de Bâle et Montbéliard et est de ce fait considéré comme de la marchandise étrangère ; d’autre part, l’implantation de telles manufactures serait une manne pour les caisses du Royaume de France ; enfin, le développement de cette industrie serait à l’origine de nombreuses créations d’emplois. La région dispose de matière première suffisante en quantité, nombreuses étant les bergeries fournissant la laine. Il rappelle que les lettres patentes accordées au corps des bonnetiers alsaciens en 1739 leur donnant le monopole de ce commerce et en excluant les étrangers, favorisent la création de cette industrie. Il réclame également franchises et privilèges pour les entrepreneurs ou leurs ouvriers. Les jeunes belfortains ayant fait leur apprentissage dans les draperies mulhousiennes disposent des qualifications requises pour l’implantation d’une telle manufacture.

En savoir plus

La naissance de l’industrie textile dans le territoire de Belfort. Les premiers établissements de la région spécialisés dans le textile fabriquent de la toile pour les vêtements à partir de lin et de chanvre. Le tissage du coton apparait au début du XIXème siècle sous l’impulsion des manufacturiers mulhousiens ; c’est en 1810 que la société Bornèque ouvre son premier tissage de coton à Danjoutin. Le travail est essentiellement manuel avec des métiers à bras. En 1845, cette entreprise demande la transformation d’un moulin en tissage mécanique pour s’appuyer sur la force motrice de l’eau. La société Boigeol, installée à Giromagny, possède une filature de 1500 broches implantée sur le site d’anciens moulins ; en 1845, elle achète la papèterie de Lepuix-Gy pour y développer un tissage. Les premières machines à vapeur seront mises en service par les tissages Koechlin de Rougement-le-Château. La mécanisation des tissages, bien que progressive, suscite quelques heurts avec les tisserands à bras qui craignent de perdre leur emploi.

Au lendemain du Traité de Francfort (1871), l’installation de filiales mulhousiennes (telles que Dolfus-Mieg) profite à la zone urbaine de Belfort, dessinant ainsi un nouveau paysage industriel. On dénombre une retorderie de fil, deux teintureries, trois filatures, un tissage de feutre et trois tissages de coton. La grande enquête industrielle de 1892 recense 5500 personnes employées dans ce secteur, dont la moitié de femmes ainsi que 591 enfants. Frappées de plein fouet par la grande crise économique, les premières faillites frappent les filatures en 1931 ; quelques entreprises textiles vont se maintenir difficilement jusqu’à disparaitre définitivement du département à la fin des années 1980.

 

Contexte

Une industrialisation aux visages multiples. Au XVIIIe siècle en Angleterre, la population augmente. Les besoins en produits fabriqués s'accroissent. Pour répondre à la demande grandissante de cotonnades indiennes, des artisans anglais perfectionnent les machines à filer et les métiers à tisser. La production textile est mécanisée. Les progrès sont extraordinaires : en 1800, un ouvrier dans un atelier de filature file autant avec la nouvelle mule-jenny que 400 personnes avec les anciens rouets ! Dans les années 1760, l'ingénieur écossais James Watt améliore la machine à vapeur. Elle devient un puissant moteur, d'une force bien supérieure à l'homme ou l'animal pour actionner les machines. L'industrie l'adopte rapidement. À partir de 1785, les mules-jennies sont actionnées par la force-vapeur. Une série d'inventions multiplie les nouvelles machines. Les besoins en matériaux et en énergie entraînent l'essor de la sidérurgie et des industries minières. Le textile poursuit son bond en avant. Les usines s'installent dans les régions où les minerais sont extraits, en Angleterre, en France et en Allemagne. Naît ainsi la grande industrie. Elle concentre dans les usines une main-d'œuvre ouvrière qui travaille au rythme des machines. C'est l'ère du machinisme. Certaines usines regroupent des milliers d'ouvriers comme les forges des Schneider au Creusot. Les paysages du Nord-Est de la France, du Massif central ou de la Ruhr en Allemagne se transforment. Ces régions industrielles voient se multiplier les hauts-fourneaux de la sidérurgie, les terrils et chevalement des mines, les grandes cheminées des usines. Ces bouleversements sont désignés par l'expression « révolution industrielle ». Désormais, des historiens préfèrent parler d'industrialisation. Ils insistent sur la lenteur des progrès. Jusqu'en 1850, l'essentiel de la force motrice est toujours fourni par chevaux et moulins ! L'organisation traditionnelle du travail et l'artisanat cohabitent avec les formes modernes de l'industrie durant tout le XIXe siècle.

Complément(s)

Autre(s) ressource(s)

Contrat de fabrication textile à domicile, 1824, © AD 90, 2 E 2/168.

Avant la Révolution, il existe très peu d’ateliers ou de filatures dans le territoire de Belfort. L’essentiel du travail textile est effectué à domicile par des fileuses et tisserands qui utilisent des machines à bras afin de produire du fil ou des pièces de tissu. Dans ce marché, passé devant notaire, Marie-Joseph Fogle et Catherine Gros s’engagent à installer « 12 métiers à tisser les toiles de coton » dans leur maison et réserver le monopole de cette production à un marchand belfortain.

 

 

 

 

Plan d’un moulin transformé en filature par Messieurs Boigeol et Japy à Giromagny, 1838

AD 90, 7 S 150.

S’appuyant sur la force motrice de l’eau, des usines de tissage s’implantent dans la région de Belfort en lieu et place d’anciens moulins en conservant l’usage des droits d’eau. En 1836, M. Boigeol exploite à Giromagny une filature de 1500 broches. La mécanisation des tissages se fait progressivement, s’appuyant d’abord sur l’énergie hydraulique des rivières sous-vosgiennes puis avec l’introduction des premières machines à vapeur en 1846 à Rougemont-le-Château.

 

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