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Le château-fort

Étrabonne | Doubs | 1050
Moyen Âge | Sociétés médiévales

Le chateau-fort
© D. Boillin

Une résidence seigneuriale

Le château matérialise l’existence de la seigneurie. Il est le centre de la propriété foncière sur laquelle le seigneur exerce son autorité. Au seigneur est attachée une considération particulière, liée à sa famille, à ses titres et à son lieu de résidence, dont l’architecture traduit la domination sur l’espace rural qui l’entoure.
Les seigneurs d’Étrabonne qui construisent le château sont une ancienne famille noble dont les premières traces datent de 1084 comme vassaux de l’archevêque de Besançon. À partir du XIIIe siècle, ils deviennent vassaux des comtes de Bourgogne. Ils se lient en 1491 à la famille d’Aumont, par le mariage de l’une de leurs filles. La famille D’Aumont rend hommage au roi de France pour sa seigneurie d’Étrabonne en 1491, avant la paix de Senlis. Depuis cette date, ils se considèrent français, tout en étant des seigneurs comtois. Au XVIIIe siècle, le château est acquis par la famille Pourcheresse, maître des forges de Fraisans.

En savoir plus

Le symbole de l’autorité seigneuriale

La seigneurie sur laquelle s’érige le château d’Étrabonne se situe dans un espace au relief vallonné, dont l’altitude moyenne est de 258 mètres. Elle varie entre 200 mètres, au point le plus bas en bordure de l’Ognon qui la délimite dans sa partie nord, et 320 mètres au point le plus haut sur la colline du Moutherot. La proximité de la forêt de la Serre et les nombreuses références au bois dans les sources d’archives permettent d’imaginer un château entouré d’un espace fortement boisé à l’époque médiévale.
Le seigneur est un personnage au statut privilégié, à qui sa position sociale impose de vivre dans une demeure qui est à la fois le symbole de la seigneurie et une résidence qui se démarque de l’habitat rural. Le château d’Étrabonne date du XIe siècle. Il se situe au centre de l’actuel village. Son origine est la motte féodale médiévale qui s’est dotée d’une architecture en pierre au cours des XIe et XIIe siècles. Au XVe siècle, le château s’enrichit d’un corps de bâtiment en forme de “U”, dédié au logis du seigneur et abritant une chapelle. La façade est de cet ensemble est la partie la plus ancienne. Le corps de bâtiment s’ouvre sur la cour intérieure du château. Cet espace correspond à la haute-cour dont l’accès est réservé au seigneur et à ses proches. Il est défini comme un jardin d’agrément. Il est délimité par un premier ensemble de fortification, qui comprend une tour carrée et une tour ronde. Entourée de fossés, on la franchit grâce à un pont-levis. Cet espace ouvre sur un second ensemble fortifié, appelé basse-cour, accessible aux habitants de la seigneurie. Il comprend différents bâtiments à l’usage du seigneur et des habitants.

Contexte

Le système féodal 

Les relations féodo-vassaliques 

Sous l’Empire carolingien, les liens de fidélité d’homme à homme étaient fondamentaux. Les comtes prêtaient serment au souverain carolingien, ce qui engageait leur fidélité vis-à-vis du pouvoir central. 
À partir des IXe-Xe siècles, profitant de l’affaiblissement du pouvoir carolingien, les hommes les plus puissants, les comtes, imposent leur pouvoir sur leur territoire. À leur tour, les châtelains accaparent le pouvoir et l'exercent sur leurs terres. 
Aux Xe-XIe siècles la pyramide féodale se met ainsi en place. C’est l’ensemble des relations entre seigneurs et vassaux. 
Au service des seigneurs, les vassaux s'engagent lors de la cérémonie de l'hommage à leur être fidèles, à leur porter l'assistance militaire ou financière et à les conseiller. 
En échange, le seigneur accorde au vassal un fief. Il s'agit la plupart du temps d'une terre. Ces fiefs deviennent héréditaires. Seigneurs et vassaux forment une noblesse. 

La domination des seigneurs sur les paysans 

Pour les paysans, les nobles sont leurs seigneurs, les maîtres de la terre. 
L'autorité du seigneur s'exerce sur un territoire appelé « seigneurie ». Son château manifeste dans le paysage sa puissance et son rôle protecteur. 
Le droit de ban donne au seigneur le pouvoir d'ordonner, de contraindre et de punir. À ce titre, il peut exercer la justice, la police et lever des impôts. Il oblige les paysans à utiliser son four ou son moulin en échange du paiement des « banalités ». Lorsqu'une infraction est commise, la sanction est souvent une amende, payée au seigneur. 
La seigneurie est divisée en deux parties. 
Dans la réserve, toute la production revient au seigneur. Les paysans y effectuent gratuitement tous les travaux : ce sont les corvées. 
Les tenures sont des terres concédées aux paysans en échange de services et d'impôts. Le seigneur prélève le champart, une partie de la récolte du paysan et le cens, un impôt en argent. 

Deux catégories de paysans 

La condition des paysans varie. Les vilains sont libres et peuvent quitter la seigneurie. Les serfs sont attachés de génération en génération à la terre de leur seigneur. Leur héritage revient, à leur mort, au seigneur. S'ils veulent se marier hors de la seigneurie, ils doivent payer une taxe, le formariage. 
Mais quelle que soit leur catégorie, la domination des seigneurs pèse lourdement sur tous les paysans. 

 

 

 

Complément(s)

Image(s)

M054-G Une tour du château

Une tour du château.Le château d’Étrabonne, de taille modeste, est attaqué et incendié à plusieurs reprises, notamment en 1363 par les Grandes Compagnies et durant la guerre de Dix ans.

M054-H Vue sur le château d'Étrabonne

Vue sur le château d’Étrabonne.

 

Document(s)

Croquis du château d’Étrabonne

Le château d’Étrabonne se compose de deux enceintes. La première comprend un corps de bâtiment dédié à la résidence du seigneur, de sa famille et accueillant les personnes à son service, ainsi que deux tours. Dans le sous-sol de la tour ronde se trouve la prison seigneuriale. Cet espace ouvre sur la haute-cour, espace dit « pour la commodité » du seigneur. Dans la basse-cour, espace sur lequel ouvre le « pont gisant et levant » qui permet de franchir les fossés entourant le château, se trouvent des bâtiments à usage agricole : la grange, lieu de stockage des récoltes faites sur la réserve et des rentes en nature payées au seigneur, et les écuries qui abritent les troupeaux et montures du seigneur.

© D. Boillin

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