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Le cartel des quincailleries

Beaucourt | Territoire de Belfort | Archives départementales du Territoire de Belfort | 1866
Époque contemporaine | L'âge industriel

© AD 90, 2 E 1 / 475 Archives de Belfort

Le cartel des quincailleries

Cette société, spécialisée dans la visserie, la quincaillerie et la serrurerie, nait de l’union de manufacturiers et de maitres de forges installés respectivement à Beaucourt et Morvillars, les Japy et les Viellard-Migeon. S’y associent les Laurent de Plancher-les-Mines, Victor de Pruines des forges de Semouse près de Plombières ainsi que l’entreprise Karcher et Westermann d’Ars-sur-Moselle près de Metz. Ils souhaitent ainsi mettre un terme à la concurrence qui les oppose et protéger leurs intérêts face aux entreprises étrangères, tout en veillant à augmenter leurs bénéfices respectifs. Un comptoir est implanté à Fesches-le-Châtel (Doubs), ainsi qu’une succursale à Paris. Dans le cadre de la centralisation de ces opérations commerciales, les prix des marchandises proposées à la vente sont fixés et celles-ci sont proposées dans des catalogues largement diffusés afin de toucher une clientèle plus large.

L’entente économique entre deux grandes familles du bassin industriel du nord de la Franche-Comté dépasse les antagonismes sociaux et religieux (les Japy sont protestants et les Viellard catholiques) et inscrit ce territoire dans une vision moderne de l’entreprenariat.

En savoir plus

Le département, disposant de nombreux atouts naturels tels que cours d’eau, forêts et gisements métalliques, voit dès le XVIème siècle la naissance d’établissements proto-industriels. C’est le cas des installations d’extraction d’argent, de cuivre et de plomb autour de Giromagny.

Les moulins, utilisant pour l’essentiel la force hydraulique, sont d’abord liés à l’agriculture locale ; progressivement, leur usage est étendu à l’industrie avec, entre autres, la mécanisation des soufflets de forge. Les ducs de Mazarin, propriétaires des forges de Belfort, Châtenois et Bethonvilliers, s’investissent dans l’activité métallurgique. Il en est de même dans la seigneurie de Grandvillars, où Gaspard de Barbaud fonde une forge en 1674 ainsi qu’un centre industriel à Morvillars. Ce sont les prémices de l’aventure sidérurgique que Pierre de la Bassinière, son successeur, poursuit avec la création de six autres établissements à caractère proto-industriel à Méziré.

Une production industrielle se développe avec la transformation de la fonte en fer ; les familles Dominé et Viellard se spécialisent dans la production de fil de fer et le tréfilage et construisent un véritable pôle métallurgique sur les communes de Grandvillars, Morvillars et Méziré. A partir de 1856, Juvénal Viellard diversifie la production vers la visserie, la boulonnerie et la quincaillerie avant de se spécialiser en 1910 dans la fabrication de hameçons.

A Beaucourt, la famille Japy se lance dès 1776 dans la production de petites pièces mécaniques et d’ébauches pour montres, en lien avec l’horlogerie suisse et celle du Haut-Doubs. Frédéric Japy, à partir de 1807, donne une grande impulsion à l’entreprise de mécanique de précision et lui permet de se diversifier vers la visserie, la boulonnerie et la quincaillerie. Au cours du XXème siècle, ses activités de fonderie disparaissent, hormis celles très spécifiques comme les pièces d’aluminium.

Contexte

Une industrialisation aux visages multiples. Au XVIIIe siècle en Angleterre, la population augmente. Les besoins en produits fabriqués s'accroissent. Pour répondre à la demande grandissante de cotonnades indiennes, des artisans anglais perfectionnent les machines à filer et les métiers à tisser. La production textile est mécanisée. Les progrès sont extraordinaires : en 1800, un ouvrier dans un atelier de filature file autant avec la nouvelle mule-jenny que 400 personnes avec les anciens rouets ! Dans les années 1760, l'ingénieur écossais James Watt améliore la machine à vapeur. Elle devient un puissant moteur, d'une force bien supérieure à l'homme ou l'animal pour actionner les machines. L'industrie l'adopte rapidement. À partir de 1785, les mules-jennies sont actionnées par la force-vapeur. Une série d'inventions multiplie les nouvelles machines. Les besoins en matériaux et en énergie entraînent l'essor de la sidérurgie et des industries minières. Le textile poursuit son bond en avant. Les usines s'installent dans les régions où les minerais sont extraits, en Angleterre, en France et en Allemagne. Naît ainsi la grande industrie. Elle concentre dans les usines une main-d'œuvre ouvrière qui travaille au rythme des machines. C'est l'ère du machinisme. Certaines usines regroupent des milliers d'ouvriers comme les forges des Schneider au Creusot. Les paysages du Nord-Est de la France, du Massif central ou de la Ruhr en Allemagne se transforment. Ces régions industrielles voient se multiplier les hauts-fourneaux de la sidérurgie, les terrils et chevalement des mines, les grandes cheminées des usines. Ces bouleversements sont désignés par l'expression « révolution industrielle ». Désormais, des historiens préfèrent parler d'industrialisation. Ils insistent sur la lenteur des progrès. Jusqu'en 1850, l'essentiel de la force motrice est toujours fourni par chevaux et moulins ! L'organisation traditionnelle du travail et l'artisanat cohabitent avec les formes modernes de l'industrie durant tout le XIXe siècle.

Complément(s)

Image(s)

Catalogue des produits Viellard-Migeon, 1866 AD 90, 2 E 1 / 475

Site des forges, Morvillars. Carte postale, fin XIXème siècle
AD 90, 7 Fi 168

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