La mort de Didon
Né à Paris en 1590, Simon Vouet a longtemps vécu en Italie. La mort prématurée de son épouse le pousse à revenir en France en 1627. Déjà très célèbre en Italie, il devient Premier peintre du roi Louis XIII et le premier à introduire les différents styles de la peinture italienne en France.
Simon Vouet illustre un épisode de l’Énéide de Virgile et plus particulièrement le chant IV dédié aux récits des amours de Didon et Énée. Après la chute de la ville de Troie, Énée est envoyé par les Dieux en Italie pour construire une nouvelle ville. Lors de son voyage, il fait escale sur les côtes africaines, où il est accueilli par Didon, la reine de Carthage. Ils vivent une histoire d’amour passionnée. Mais le roi de Lybie, amoureux de Didon, demande à Jupiter de rappeler à Énée sa destinée : il doit reprendre sa route pour l’Italie. Didon voit Énée s’éloigner avec sa flotte. Brisée par l’abandon de son amant, Didon fait construire un bûcher et se donne la mort en s’enfonçant une épée dans la poitrine.
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Cette huile sur toile, peinte vers 1640, est l’une des plus grandes compositions profanes de Simon Vouet, considérée comme l’emblème d’une peinture baroque française. Cette peinture du mouvement utilise les jeux de courbes, de spirales, d’ombres et de lumières.
L’ensemble de l’œuvre s’organise autour d’une diagonale sur laquelle sont alignés quatre femmes et plus particulièrement leurs visages et leurs mains. Les corps des femmes figent un épisode dramatique et légendaire de la fondation de la nouvelle Troie. Au centre se trouve Didon soutenue par la vieille nourrice Barcé, en jaune. Le visage de la nourrice rappelle le grand peintre italien Caravage et celui de Didon les peintres de l’école de Bologne. A gauche, Iris, la déesse ailée, coupe un cheveu de la reine de Carthage pour couper symboliquement le fil de la vie. Sa silhouette est entièrement bâtie sur une spirale. Sa chair nacrée témoigne de l’utilisation à cette époque de pigments naturels, végétaux ou minéraux. A droite, aux pieds de l’héroïne, Hannah, la sœur de Didon, est agenouillée, en pleurs. Cette diagonale où dominent les jaunes, bleus et mauves, s’oppose à la verticalité de l’imposante colonne antique sur laquelle est disposé en haut à droite, un lourd rideau. Cette sombre tenture, qui accentue le côté tragique de la mort de Didon, s’oppose au paysage lumineux à l’arrière-plan qui représente la mer sur laquelle navigue Énée. Son épée, son armure et son bouclier encadrent d’ailleurs les femmes. Dans la partie basse du tableau, les nombreuses lignes courbes animent les drapés des tissus et des tapis. Enfin, à gauche, une aiguière, une cruche en cuivre, objet souvent présent dans les tableaux de Vouet, termine le décor.
Hélène Geley, enseignante missionnée au Musée des Beaux-Arts de Dole
Cyril Aubertin, responsable du service des publics au Musée des Beaux-Arts de Dole
Contexte
Imaginer, penser, créer aux XVIIe et XVIIIe siècles
Au XVIIe siècle, les progrès scientifiques sont importants, comme le montrent les travaux de Galilée, Descartes et Newton. Ils permettent d'envisager une certaine maîtrise de la nature et de contribuer ainsi au progrès et au bonheur des hommes.
Au siècle suivant, savants et philosophes veulent diffuser les connaissances, instruire pour « éclairer » les peuples comme les souverains. C'est le mouvement des Lumières.
Le questionnement des philosophes des Lumières devient social et politique : comment assurer un gouvernement des hommes éclairé par la Raison ? Comment lutter contre le fanatisme et l'obscurantisme de la religion ? Comment promouvoir progrès, tolérance, bienfaisance, bonheur, liberté, science et harmonie ? Les Lumières aboutissent à une remise en cause de l'Ancien Régime et de la monarchie absolue. Montesquieu, Voltaire et Rousseau incarnent en France cet esprit des Lumières que l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert s'efforce de diffuser. De nombreux architectes français du XVIIIe siècle veulent traduire dans leurs constructions ces idées des Lumières, leur foi en la Raison et au Progrès. Avant ou pendant la Révolution, ils conçoivent une architecture devant assurer l'équilibre harmonieux de la société. Formes géométriques simples, retour à l'Antiquité et néoclassicisme caractérisent les architectes Boullée, Ledoux, de Wailly, Legrand et Molinos, qui poursuivent le même rêve d'une cité idéale.
Complément(s)
Site(s)
Sur le site la Philharmonie de Paris, une page dédiée à l’opéra Didon et Énée du compositeur baroque Henry Purcell
Sur le site du Musée des Beaux-Arts de Caen, Didon abandonnée ou Didon sur le bûcher, vers 1630-1640 d’Andrea Sacchi
https://mba.caen.fr/oeuvre/didon-abandonnee-ou-didon-sur-le-bucher

