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La censure des écrits politiques et le contrôle du courrier sous le Second Empire

Sens | Yonne | Archives départementales de l'Yonne | 1853
Époque contemporaine | République et vie politique XIXe-XXe siècles

© Archives départementales de l'Yonne, 3 M 1/261 (28 novembre 1853)

L'exemple des Vengeresses de Victor Hugo publiées sous le titre Les Châtiments (1853)

Surveiller le courrier à la recherche d’écrits séditieux

Le 15 novembre 1853, le ministre de l’Intérieur envoie aux préfets une circulaire pour leur demander de veiller à ce que ne circule pas un nouveau libelle de Victor Hugo critiquant Napoléon III ; alors intitulé Les Vengeresses, il s’agit en fait des Châtiments. Le préfet de l’Yonne relaye les directives du ministre auprès des services de la Poste et leur ordonne de permettre aux commissaires de police d’accéder au courrier en provenance de l’étranger et, le cas échéant, de l’ouvrir.

Alors que de nombreux commissaires envoient en préfecture des courriers indiquant qu’ils se sont bien déplacés dans les bureaux de poste, mais qu’il n’y avait pas de courrier en provenance de l’étranger, le 28 novembre le commissaire de police de Sens indique l’arrivée de quatre lettres en provenance de l’étranger, une de Bavière et trois de Belgique. Il rend donc compte au cabinet du préfet de l’ouverture des trois lettres venant de Bruxelles où se sont réfugiés un certain nombre d’exilés ou de proscrits.

En savoir plus

Victor Hugo et le Second Empire

Tous les régimes autoritaires mettent en place un contrôle des esprits à travers de la propagande et/ou de la censure. Alors que la liberté de la presse avait été restaurée à la suite de la Révolution de février (1848) et de la mise en place de la IIe République, à la suite de ses deux coups d’État, Louis-Napoléon Bonaparte devenu Napoléon III n’a pas dérogé à cette pratique. Il a instauré un contrôle de la presse, mais aussi de tous les textes critiques à son encontre, en particulier les textes émanant de proscrits.

Victor Hugo avait soutenu la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte en 1848, mais il a rapidement rompu avec lui du fait de désaccords sur la politique menée. À la suite du coup d’État du 2 décembre 1851, par lequel Louis-Napoléon Bonaparte annonce la dissolution de l’Assemblée nationale – Victor Hugo y est député – et l’élaboration d’une nouvelle constitution lui permettant de rester au pouvoir, Victor Hugo tente d’organiser une résistance au pouvoir de celui qu’il considère désormais comme un tyran. Mais il échoue à soulever le peuple parisien, surtout après la fusillade des boulevards du 4 décembre, et part alors pour Bruxelles ; moins d’un mois plus tard Louis-Napoléon Bonaparte en fait un proscrit : il n’a pas le droit de rentrer en France sous peine d’être arrêté.

Quelques mois plus tard, en juillet-août 1852, Victor Hugo écrit Napoléon le Petit, pamphlet dans lequel il compare, pour le dévaloriser, le prince-président à son oncle Napoléon Ier qu’il admire : il y ridiculise celui dont il pressent qu’il va s’autoproclamer empereur. Il quitte peu après, en août, le royaume de Belgique à la demande des autorités qui veulent éviter des difficultés avec Napoléon III. Il se rend sur l’île de Jersey avant de rejoindre Guernesey en 1854 ; il passe là la plus grande partie de ses 19 années d’exil

Quand, en 1859, Napoléon III amnistie tous les condamnés politiques, Victor Hugo refuse de rentrer en France parce que la liberté n’y règne pas. Il entre alors dans une période d’exil volontaire et non plus de proscription.

Contexte

Gouverner sous le Second Empire

Le peuple ratifie lors d'un plébiscite l'instauration du Second Empire. Selon Napoléon III, qui se présente héritier et défenseur, comme Napoléon Ier, des principes de 1789, la souveraineté de la Nation doit s'incarner dans un chef, l'Empereur. Il peut faire directement appel au peuple par plébiscite. Le régime qui se met en place est autoritaire. Le pouvoir exécutif incarné par l'Empereur domine. Les fonctionnaires doivent prêter serment à Napoléon III et les ministres ne sont responsables que devant lui. Napoléon III a seul l'initiative des lois et décide de la guerre ou de la paix. Le pouvoir législatif se partage entre le Corps législatif, élu au suffrage universel masculin, et le Conseil d'État et le Sénat dont les membres sont nommés par l'Empereur. La presse est contrôlée. Lors des élections, l'opposition peine à se faire entendre alors que les candidats officiels, soutenus par le régime, bénéficient de l'appui de l'Église et des facilités de réunion et d'affichage.

Les maires sont nommés par le préfet, fidèle à l'Empereur, pour toutes les communes, y compris celles de moins de 3 000 habitants, pour cinq ans à partir de 1855.

Le Second Empire est un césarisme démocratique, c'est-à-dire une dictature qui affirme s'appuyer sur le peuple selon le principe de la souveraineté de la Nation.

À partir de 1860, l'Empire devient moins autoritaire et engage des réformes libérales. Il accorde le droit de grève aux ouvriers en 1864. Il donne davantage de droit à l'opposition et de pouvoir au Corps législatif. L'opposition républicaine progresse mais l'Empereur garde le soutien d'une large majorité de la population lors du dernier plébiscite sur les réformes libérales organisé en 1870. Cependant, Napoléon III commet l'erreur de se lancer dans l'aventure de la guerre contre la Prusse durant l'été 1870. La défaite française précipite la fin du Second Empire. La République est proclamée le 4 septembre 1870.

Complément(s)

Image(s)

Suite du document sur la censure des écrits politiques et le contrôle du courrier sous le Second Empire

Circulaire du ministère de l’Intérieur (3 M1_261) et sa transcription

Transcription de la circulaire du ministère

Lettre de la préfecture et sa transcription

Transcription de la lettre de la préfecture

La poêle à sel

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