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Soleil couchant

Ornans | Musée Courbet | 1875
Époque contemporaine | République et vie politique XIXe-XXe siècles | Société du XIX ème siècle à 1945

© Musée Courbet

Courbet peint ce tableau à la fin de sa vie, en 1875, alors qu’il est en exil en Suisse. Il a été jugé responsable de la destruction de la colonne Vendôme lors de la Commune (1871) et est condamné à payer les frais de sa reconstruction. Ainsi, il choisit en 1873 de s’installer à La Tour-de-Peilz, au bord du lac Léman, pour échapper à ses créanciers, alors que ses biens ont déjà été saisis. Le peintre travaille sans relâche afin de rembourser sa dette. Mais Courbet meurt le 31 décembre 1877, la veille du premier versement prévu.
Lors de cet exil suisse, il adapte dans ses paysages lacustres « ses paysages de mer » qu’il a principalement composés en Normandie. En utilisant le terme « paysage de mer », Courbet affirme que la mer est pour lui un sujet de paysage à part entière, au même titre qu’une forêt ou une montagne et il s’affranchit de la dimension narrative, voire anecdotique de la marine.

En savoir plus

Les œuvres tardives de Courbet ont longtemps été un sujet délicat pour les historiens. En effet, lors de l’exil suisse, la production est abondante et répétitive, et fait intervenir de nombreux collaborateurs aux qualités inégales. L’acquittement des dettes nécessite ce travail alimentaire. Beaucoup de critiques, contemporains et postérieurs, ont souvent jeté un regard négatif sur cette fin de carrière où la lassitude de l’artiste n’est que trop perceptible dans son œuvre. Cependant, certaines toiles témoignent de regains où le grand Courbet refait surface, comme dans ce Soleil couchant.
Cette œuvre étonne le regardeur qui associe souvent Courbet aux paysages sombres de forêt et de sous-bois. La lumière, les couleurs chaudes sont inhabituelles dans la palette du peintre et s’inscrivent dans une démarche picturale pré impressionniste.
Ce tableau s’organise en bandes horizontales qui rappellent la composition de ses paysages de mer normands comme Marée montante (1865) ou encore La plage à Trouville (1865). Ici le premier plan correspond au rivage. Le deuxième plan présente le lac aux reflets scintillants dans lequel le soleil se reflète, ce qui n’est pas sans évoquer Impression, soleil levant de Monet réalisé en 1872. Le troisième montre les montagnes qui forment comme une barrière, derrière lesquelles se trouvent la France et l’ancienne vie du peintre. Enfin le dernier plan est dédié au ciel, à la fois vaporeux et rougeoyant. Cette composition stratifiée révèle la matérialité du paysage : éléments sablonneux, aquatiques, montagneux et aériens se juxtaposent et parfois se fondent.
Avec Soleil couchant, Courbet recherche la perception lumineuse, accompagnant le pré impressionnisme. Il choisit un moment de la journée et peint, comme le feront les impressionnistes, par petites touches de couleur. Il joue du contraste entre les épais empâtements au couteau (montagnes) et la matière fluide et transparente de l’eau du lac, avec des touches légères et rapides. Les surfaces planes sont à la limite de l’abstraction.
Ce tableau raconte à la fois la fin d’un monde, celui de Courbet, contraint à l’exil et le début d’un autre, celui d’un courant pictural qui va bouleverser les traditions : l’impressionnisme.

Elise Barbe-Zolnet, professeure missionnée pour le pôle Courbet.

Contexte

Au XIXème s’épanouit la peinture de paysage, genre jusque-là considéré comme mineur car il offre avant tout un décor pour des scènes mythologiques ou bibliques. A l’inverse la peinture d’histoire (scènes biblique, mythologique ou encore les grands événements historiques nationaux) constitue le genre le plus prestigieux. Le réalisme de Courbet, puis les recherches impressionnistes, renversent la hiérarchie en donnant une dignité nouvelle au présent et au quotidien. Ainsi, quand Courbet peint Le Chêne de Flagey, il détourne les codes de la peinture d’histoire : il substitue au héros antique ou biblique un simple arbre local qu’il élève au rang de monument. Elise Barbe-Zolnet, professeure missionnée pour le pôle Courbet

Complément(s)

Image(s)

Gustave Courbet, Marée montante, 1865, huile sur toile, 49×59 cm, musée des Beaux-Arts, Boulogne-sur-Mer

Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, 48 × 63 cm, Musée Marmottan Monet, Paris

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