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Les habitants de Lucy-sur-Yonne demandent l’abolition de l’esclavage

Lucy-sur-Yonne | Yonne | Archives départementales de l'Yonne | 1789
Époque contemporaine | Révolution française

© Archives départementales de l' Yonne, 1 B 600, fol. 302

Les habitants de Lucy-sur-Yonne, comme tous les Français, ont porté à la connaissance du roi, à sa demande, leurs doléances, en mars 1789. Dans cette paroisse rurale du sud de l’Yonne de 505 habitants environ, les doléances ont été nombreuses et particulièrement bien organisées, en différents chapitres. De façon assez surprenante pour une paroisse rurale assez peu peuplée, les doléances exprimées se placent sur un niveau général et théorique, contrastant fortement par rapport aux cahiers de doléances des paroisses limitrophes comme celles de Crain, Coulangeron ou Châtel-Censoir qui portent des doléances extrêmement locales reposant sur la situation de leur territoire ou de leur communauté. Ainsi, deux des premiers paragraphes du premier chapitre sont très particuliers et assez rares dans les cahiers de doléances puisque les habitants demandent que soient abolis « l’esclavage et la traite négrière », et que les colonies deviennent des territoires français comme les autres.

En savoir plus

L’origine des préoccupations des habitants de Lucy-sur-Yonne sur des colonies qui sont bien éloignées de leur paroisse et de leurs propres difficultés est difficile à percevoir. Peu nombreux sont les cahiers de doléances qui s’inquiètent de la situation des esclaves (cf. cahier de Champagney – Haute-Saône) et plus encore des colonies en tant que telles ; ces préoccupations sont même uniques dans l’Yonne. Les habitants réclament donc une égalité juridique de tous les habitants du territoire, y compris dans les colonies, mais aussi de tous les territoires, ce qui est particulièrement rare. Les habitants justifient cette demande d’une façon explicite pour mieux intégrer les colonies à la communauté nationale. Mais à la lecture de l’ensemble du cahier, il est très clair que les habitants de Lucy se préoccupent fortement aussi des questions de droits de l’homme, d’égalité, de libertés individuelles…

Une personne a nécessairement eu une influence forte sur ses concitoyens lors de la rédaction du cahier de doléances pour qu’il soit si particulier. Il s’agit probablement du syndic, François Tenaille de La Motte, dont l’influence est certaine puisque l’année suivante, en 1790, il a été le premier maire élu de Lucy-sur-Yonne. Cet homme est fils de Pierre Tenaille de La Motte et de Marie-Anne Gandouard qui se sont mariés le 2 déc. 1730 à Châtel-Censoir ; il a été baptisé le 3 janvier 1739 à Surgy dans la Nièvre. Il est possible qu’il ait eu un lien de parenté, par sa mère, avec Nicolas Gandouard, qui lui est décédé en Guadeloupe en 1772, mais rien ne permet de confirmer cette hypothèse en l’état actuel des recherches. Nicolas Gandouard, fils d’un perruquier de Clamecy, petit-fils d’un huissier, était né en 1729 ; soldat, il partit en garnison en Guadeloupe au milieu du XVIIIe siècle et s’y installa ; décédé dans la misère, il est peut-être resté en contact avec sa famille et a pu transmettre des renseignements sur la vie dans l’île.

Nathalie Verpeaux, professeure d’histoire-géographie.

Contexte

La France à la veille de la Révolution

La France des années 1780 est un pays où trois habitants sur quatre vivent à la campagne. Le pays se trouve dans une triple situation de crise. La crise est tout d'abord économique : la hausse du prix du pain plonge le pays dans la disette. Les crises de subsistance affolent les populations. Au printemps 1789, l'agitation populaire est vive dans les campagnes et dans les villes.

La crise est également sociale : les difficultés économiques déstabilisent une société d'ordres déjà en crise. La paysannerie, dont les revenus s'effondrent du fait des mauvaises récoltes, est plus que jamais incapable de répondre aux exigences seigneuriales et royales.

La crise est enfin politique. La monarchie française a toujours connu un important déficit budgétaire, mais ses difficultés s'accroissent à cette époque. En 1788, l'État est proche de la banqueroute : plus de la moitié de ses revenus est absorbée par le remboursement de la dette.

Seule une réforme fiscale radicale passant par la remise en cause des privilèges pourrait sortir le pays de la crise financière. Mais les contrôleurs généraux des finances, qui tentent de mettre en place un impôt unique payé par tous, se heurtent à l'opposition des parlements. Toutes les tentatives de réformes échouent. Dans l'espoir de mettre fin à la crise, le roi Louis XVI accepte de convoquer les états généraux afin de demander la création de nouveaux impôts. Pour préparer cette consultation, il demande à ses sujets de lui faire connaître leurs revendications : près de 60 000 cahiers de doléances sont rédigés au printemps 1789 et envoyés à la Cour. Il s'agit d'un éclairage exceptionnel sur l'état de l'opinion publique à la fin des années 1780. Le roi a ainsi ouvert un espace de liberté de parole sans précédent pour les Français.

Complément(s)

Image(s)

Archives départementales de l’ Yonne, 1 B 600

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Archives départementales de l’ Yonne, 1 B 600

 

 

 

 

 

 

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Archives départementales de l’ Yonne, 1 B 600

 

 

 

 

 

Transcription du cahier de Lucy sur Yonne

 

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