retour

Ouvriers et ouvrières des filatures Japy

Exincourt | Doubs | Archives municipales de Montbéliard | 1905
Époque contemporaine | L'âge industriel

1Fi1637
© Archives départementales de Montbéliard 1Fi1637

La filature d’Exincourt a été fondée en 1894 par Philippe et Marcel Japy. D’une superficie de 3000 m², elle emploie une centaine d’ouvriers à ses débuts, puis environ 300 en 1914, pour fabriquer du fil à coudre et confectionner bas et mouchoirs. Sur cette photographie prise devant l’usine en 1905, on dénombre 125 personnes, dont un cinquième (le premier rang, en partant du bas) est composé d’adolescents. Le travail des enfants a fait l’objet de plusieurs lois importantes au cours du XIXe siècle, dont celle du 2 novembre 1892 qui, en lien avec les lois Ferry (1881-1882), interdit l’emploi des enfants de moins de 13 ans, et limite la quotité de travail quotidienne à 10 heures pour les jeunes de 13 à 16 ans. Il est difficile de savoir si cette loi a été convenablement appliquée car les documents sont assez rares sur la question. Toutefois, on peut s’interroger sur l’âge de certains des enfants présents sur cette photographie, notamment en bas à gauche.

En savoir plus

Les frères Philippe et Marcel Japy sont les enfants de l’industriel Philippe Japy. Ce dernier, après avoir épousé Jeanne Peugeot, participe à la gestion de l’usine de son beau-père à Valentigney. La famille Japy illustre la forte endogamie entre familles protestantes locales, très présentes dans le tissu industriel du pays de Montbéliard. À la mort de Philippe Japy (fils) à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la société des Filatures et Tissages Japy emploie plus de 800 personnes sur trois sites différents.

En ce qui concerne le travail des enfants, le XIXe siècle est marqué par un changement de législation. La loi du 22 mars 1841 est un premier pas en interdisant d’employer des enfants de moins de 8 ans, et en fixant des limites horaires quotidiennes suivant l’âge des enfants (8h/jour entre 8 et 12 ans, 12h/jour entre 12 et 16 ans). Elle est complétée par la loi du 19 mai 1874 qui n’autorise le travail des enfants qu’à partir de 12 ans et qui change à nouveau la durée du travail quotidien. Enfin, alors que les lois Ferry rendent obligatoire et gratuite l’instruction primaire jusqu’à 13 ans, la loi du 2 novembre 1892 évoquée précédemment complète l’arsenal législatif sur cette question.

Pour mesurer le travail des mineurs dans les entreprises locales, les Archives municipales de Montbéliard ont conservé les registres d’inscription des livrets de travail des enfants de 1878 à 1951.

Service éducatif des Archives municipales de Montbéliard

Contexte

Le monde ouvrier

Le monde ouvrier vit au début de l'industrialisation dans une grande misère qui contraste avec l'aisance de la bourgeoisie. Le paroxysme est atteint dans les années 1830-1840. Les familles touchent des salaires journaliers juste au niveau du minimum vital. Le temps de travail n'est pas réglementé. Avant les lois limitant le travail des enfants, il n'est pas rare de voir des petits ouvriers âgés de 8 ans travailler jusqu'à 16 heures par jour ! Dans les ateliers comme dans les villes industrielles, on respire un air chargé de fumée et de particules toxiques.

Des médecins rédigent des rapports qui montrent les conditions sanitaires épouvantables des familles ouvrières de cette époque. Les logements sont insalubres et surpeuplés. Les familles habitent dans les greniers ou les caves. À Londres, la classe ouvrière s'entasse dans de véritables taudis. Le rachitisme des enfants est fréquent. Devant ces aspects les plus révoltants, l'État intervient timidement. En 1841, le travail des enfants de moins de 8 ans est interdit en France. Des patrons mènent une action paternaliste. Ils assurent le logement et une certaine protection sociale à leurs ouvriers. Globalement, la vie ouvrière reste cependant très dure.

Il faut néanmoins se garder d'une vision trop misérabiliste de la condition ouvrière au XIXe siècle. Cette classe sociale développe une sociabilité et des solidarités qui lui font peu à peu prendre conscience d'elle-même et de ses intérêts. Une véritable culture ouvrière s'affirme. Elle se caractérise par la fréquentation des cafés, les promenades, des fêtes, mais aussi la mise en place de caisses mutuelles de solidarité contre les risques de l'existence et de bourses du travail. Les luttes ouvrières s'organisent. Ces combats ouvriers et les pressions syndicales et politiques contribuent à améliorer les conditions de vie et de travail au cours du XIXe siècle. Les ouvriers se nourrissent mieux. La hausse des salaires permet à certains d'acheter des biens de consommation.

Complément(s)

Image(s)

Photographie prise dans un atelier des usines Peugeot à Audincourt (1915), Archives municipales de Montbéliard, 1Fi4545

Abonnez-vous à notre lettre d'information !

et restez informé(e) de l'actualité du site

retour