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Les emblèmes religieux dans les écoles

Chaux | Territoire de Belfort | Archives départementales du Territoire de Belfort | 1906
Époque contemporaine | Religions | République et vie politique XIXe-XXe siècles

Extrait du registre de la municipalité de Chaux, PV de la séance du 21 octobre 1906, © Archives de Belfort, ADTB 23 E Dépôt, 1D11

Cet extrait du procès-verbal du conseil municipal de Chaux est relatif à l’ « affaire des crucifix » qui a ébranlé de nombreuses communes du Territoire de Belfort après la loi du 9 décembre 1905. Par la circulaire académique du 17 octobre 1906, les instituteurs sont sommés de retirer les crucifix des salles de classe ; ils doivent le faire en toute discrétion (le jeudi, jour de congé) afin d’éviter toute manifestation hostile de la part des élèves et de leurs familles. A l’ordre du jour du conseil municipal du 21 octobre, ce sujet donne lieu à d’intenses discussions qui aboutissent à la remise en place de ces emblèmes à l’école. Le maire et le conseil municipal organisent une cérémonie magistrale, à laquelle la majeure partie de la population participe, avec bénédiction des crucifix au cours de l’office du dimanche, allocution du prêtre et rétablissement des emblèmes dans les locaux scolaires.  La conclusion de cette affaire revient au préfet qui annule la délibération municipale le 3 novembre et révoque le maire et son adjoint.

 

En savoir plus

L’« affaire des crucifix », relayée par les journaux locaux, fut un des exemples de la lutte idéologique opposant dans le Territoire de Belfort catholiques conservateurs et républicains laïcs. L’Alsace, bi-hebdomadaire de tendance conservatrice, presse d’opinion catholique, engagée dans le combat politique s’oppose sur ce sujet à son habituel adversaire, la Frontière, organe d’expression du parti radical socialiste du Territoire de Belfort, favorable à la loi de 1905. Il s’agit de l’ultime épisode des tensions qui débutent dans la région avec la loi Waldeck-Rousseau de 1901 qui soumet les congrégations religieuses à une demande d’autorisation ; quelques incidents ont lieu au moment de l’interdiction des congrégations enseignantes non déclarée en 1904. Le vote de la loi de Séparation est relayé par la presse mais sans susciter d’émoi particulier. En revanche, la réalisation des inventaires, ayant pour but de confier les biens répertoriés aux associations cultuelles que doivent former les différentes communautés religieuses, débute en 1906 et déclenche quelques événements locaux. Ils sont refusés dans plusieurs communes du département, réalisés en présence de plusieurs centaines de manifestants (église Saint-Christophe à Belfort) voire retardés ; à Lepuix Gy, le 6 mars, Eugène Schmidt, administrateur faisant fonction de préfet, réquisitionne trois brigades de gendarmerie, deux escadrons de dragons et une section du génie pour faire face aux villageois qui se sont enfermés dans l’église et ont dressé une barricade sur le parvis, afin d’empêcher l’inventaire. Les hostilités reprennent en octobre avec l’enlèvement des emblèmes religieux dans les salles de classe ; de nombreux maires démissionnent en signe de protestation et surtout pour ne pas cautionner des actes qu’ils jugent contraires à leur conscience ainsi qu’à celle de leurs administrés. A Méziré, le maire, M. Maitre, fait sceller les crucifix dans le mur de l’école ; il sera révoqué pour cet acte de défiance vis-à-vis des lois de la République. A partir de 1907, le climat s’apaise ; la plupart des communes vont octroyer la jouissance des presbytères aux prêtres.

Sandrine Bozzoli, professeure d’histoire-géographie.

 

 

Contexte

Croire et prier : le catholicisme en France, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle 

L'industrialisation et l'urbanisation au XIXe siècle bouleversent la société traditionnelle. Dans le monde ouvrier notamment, on assiste à un recul de la pratique religieuse. 

Pourtant, elle ne disparaît pas. Le catholicisme reste fortement ancré dans la France rurale. Le XIXe siècle est même marqué par un regain de ferveur religieuse. Le culte de la Vierge se manifeste par des « apparitions » comme à Lourdes. Le train rend possible les grands pèlerinages qui connaissent un réel engouement. 

L'Église reste très présente dans les œuvres d'assistance et dans l'enseignement. De nombreuses congrégations religieuses sont fondées pour ces actions sociales ou pour accompagner les missions. 

L'essor des sciences remet en cause la vision religieuse du monde. L'Église catholique est sur la défensive. Le pape Pie IX condamne en 1864 dans les 80 articles d'un syllabus les «erreurs» du monde moderne : le rationalisme, le libéralisme, le socialisme, la liberté de conscience, la laïcité, etc. Les traditionalistes se font les fervents défenseurs de la foi traditionnelle. 

L'Église multiplie en France les missions qui installent dans le paysage de nombreux calvaires et des statues de la Vierge. À la fin du XIXe siècle, ces sculptures se dressent dans les villages face aux statues de la République. 

L'opinion catholique est dans sa majorité hostile à la République laïque et son école « sans Dieu ». Pour les anticléricaux, l'influence de l'Église est encore trop forte. Les affrontements ne sont pas rares entre « calotins » et « républicains ». À la fin du XIXe siècle, le cardinal Lavigerie demande aux catholiques de se rallier à la République. Les troubles lors de la loi de séparation de l'Église et de l'État en 1905 montrent cependant que les relations restent difficiles. Il faut véritablement attendre la Première Guerre mondiale pour que catholiques et républicains se retrouvent dans un même élan de défense de la Patrie. 

Complément(s)

Image(s)

Extrait du registre de la municipalité de Chaux, PV de la séance du 21 octobre 1906 portant sur la mixité à l’école de Chaux.

Extrait du registre de la municipalité de Chaux, PV de la séance du 21 octobre 1906
portant sur la mixité à l’école de Chaux.
ADTB, 23EDépôt, 1D11

Une lettre de l’Inspecteur Départemental de l’Enseignement Primaire recommandant le maintien des écoles mixtes dans la commune donne lieu à discussion au sein du conseil municipal ; celui-ci est favorable à une séparation des classes mais les infrastructures municipales ne le permettant pas, un « retour à l’ancien état des choses » est dans l’immédiat impossible.

Inventaire des biens dépendants de la fabrique de l'église succursale de Chaux.

« Inventaire des biens dépendants de la fabrique de l’église succursale de Chaux »
13 février 1906
ADTB, 23EDépôt, 3P2
La fabrique ou conseil de fabrique désigne l’organisation paroissiale, composée de clercs et de laïcs nommés pour assurer la collecte et l’administration des fonds et revenus nécessaires à la construction puis l’entretien des édifices religieux et de leur mobilier.
Les inventaires des biens des églises catholiques, rendus obligatoires par le décret du 29 décembre 1905, préparent la dévolution de ces biens à la commune (art. 4).

 

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